Saint Justin en Pardiac

Publié le par pellizzari fabrice

PREFACE



Je présente ici une brochure rédigée à partir d’un recueil de documents anciens, dont le seul but est de garder en mémoire le passé historique du village de Saint-Justin-Samazan et de remètre en valeur son patrimoine. Ce travail a été effectué sur les bases d’un document rédigé vraisemblablement par un abbé dans les années 1850 à 1900 (surement par l’abbé Liesta décédé en 1908), complété par des informations d’origines diverses qu’elles soient orales ou écrites; ouvrages de 1860, reédité en 1992 par Res Universis, documents d’archives départementale tels que les mémoires de d’Antras ou de l’abbé Daignan du Sendat et communale avec ses cahiers de délibérations, cahiers de charges et descharges, cahiers de la fabrique, cadastres des communes de Saint-Justin, Samazan. Les chroniques écclésiastiques du diocèse d’Auch publié en 1746 par Dom-Brugèles, les registres comptable du moulin de Samazan, ainsi que des manuscrits non authentifiés, possédés par des habitants de la commune de Saint-Justin-Samazan ont égallement été mis à contribution. Ce document peut être revu et corrigé en fonction d’ informations dont je n’ai pas connaissance ou qui seront découverte dans le futur.

D’après les données les plus plausibles de la critique moderne, les Vascons (les
Gascons) doivent être regardés comme une branche de la grande famille ibérienne, qui, partie du Caucase, vint s’établir dans la péninsule hispanique à une époque très-reculée, et s’unit aux Celtes au XIVème siècle avant l’ère chrétienne. Après avoir pris part aux victoires d’Annibal, et aux glorieuses luttes de Sectorius, nos illustres pères défirent une armée romaine envoyée contre eux et, réunis aux Ligures, avec leurs frères Ibères, ils poursuivirent les légions vaincues dont ils menaçèrent la fière métropole (Rome). Repoussés de l’Italie et poursuivis à leurs tour, ils résistèrent courageusement aux armes du grand Pompée, qui prit leur principal boulevard (Calahorra), et les força à se réunir en corps de cité à Lugdunum-Convenarum (plus tard Saint-Bertrand de Comminges). Un instant abattus, ils ne tardèrent pas à s’armer de nouveau pour leur liberté, dont ils étaient si jaloux. Préconinus, chargé de les réduire, fut battu et tué dans un combat. Manilius, qui le remplaça, éprouva aussi une défaite et n’échappa lui-même que par la fuite à une mort certaine. Crassus, lieutenant de César parvint à triompher de ces valeureuses populations par la supériorité d’une discipline qui trahit la plus héroïque. Les Vascons
montagnards, séparés des autres Aquitains, continuèrent à braver, au milieu de leurs inaccessibles rochers, la puissance des dominateurs du monde.

En 1790, lorsque le territoire de la France fut divisé en départements, on comprit la plus grande partie de la Gascogne et du Béarn dans les départements du Gers, des Landes, des Hautes et des Basses-Pyrénées. Le département du Gers a été formé en 1790, du Fesensac, du Condomois, du Fezensaguet, de l’Astarac, du Pardiac, du pays de Gaure, de la Lomagne, d’une
grande partie de l’Armagnac et d’une portion du Comminges. Une fraction de la Lomagne en fut distraite plus tard pour concourir à la formation du département du Tarn-et-Garonne. Saint-Justin a toujours fait partie du Pardiac et doit être le village le plus ancien de la vallée de l’Arros sur sa traversée Gersoise.



L’histoire et le patrimoine en général, et celle de Saint-Justin-Samazan en ce qui nous concerne, ne nous appartient pas. Nous en sommes les héritiers et notre devoir est de conserver et de transmettre.


SAINT JUSTIN - SAMAZAN



Saint-Justin en Pardiac est le patron de la paroisse qui porte ce nom. Sa fête est célébrée le sept du mois de mai, le lendemain de la fête de Saint-Jean devant la porte latine. On ignore si ce fut Saint-Justin qui le premier apporta la foi aux bigourdans et jeta les fondements de l’église de Tarbes. Cependant d’après l’antique martyrologue présentant en tête le nom de Saint-Jérôme, on lit ces mots rapportés aux calendes de mai : DEPOSITIS SANCTI JUSTINI
EPISCOPI MAGNI IN BIGORRA CIVILATE ; d’où l’on peut conclure que si Saint-Justin fut le premier évêque de Bigorre, il le fut avant l’an 420 - temps auquel mourut Saint-Jérôme et qu’il le fut probablement dans le cours du 4ème siècle ou peut-être même du 3ème siècle ( on assigne communément l’époque du IIIème siècle comme celle où la Novempopulanie reçut ses premiers apôtres, et eut aussi ses premiers martyrs), puisqu’il constate que ce martyrologue ne fait mention d’aucun saint qui n’ait précédé ce Père ou qui n’ait concouru avec sa vie. Peut-être même que Saint-Jérôme ne l’appelle grand (episcopus magnum) que pour le présenter comme le premier
(voyez le bréviaire Auscitain- 7 mai).


Saint-Grégoire de Tours (Père de l’histoire de France “Decem libros historarium”) qui vivait sur la fin du 6ème siècle fait encore mention de Saint-Justin. Il l’appelle seulement Prêtre et non Evêque. Il parle du bourg de Sexciam (Sexcia censis) : Il le place sur les confins du pays de Bigorre et dit que Sexciam (probablement nommée telle au temps du paganisme) fut dotée de la présence de Saint-Justin. Probablement, il voulut juste semer les fruits de son zèle et qu’obligé de fuir la persécution, il vint choisir ce lieu solitaire pour ne discontinuer d’évangéliser sa ville primordiale .

De 16 papes qui ont régné depuis Saint-Marcelin en 296 jusqu’à Célestin 1er en 422 , je ne puis sans chronique, nominer celui sous le règne duquel se manifeste la moisson évangélique faite dans la Bigorre par la Sainte Ambassade dont Saint-Justin dut faire partie. D’après Saint-Grégoire, Saint-Justin serait évidemment venu se fixer dans la contrée ; il y eut choisi (dans
Sexciam) un des plateaux saillants s’avançant en forme de promontoire sur la jolie plaine de l’Arros (Russa) et y eut fait jeter son oratoire et ses humbles cellules . Saint Misselin, prêtre, fut un digne compagnon de Saint-Justin, plus digne encore par sa sainteté, ses mérites et la ressemblance de ses vertus à celles du Patron Evêque. (abbé Liesta).

D’après un ouvrage publié en 1914 sous Sa Sainteté PIE X et Joseph-François-Ernest Ricard archevêque d’Auch, sur l’état du clergé au 15 décembre 1913, on trouve également un Saint-Justin qui aurait été Evêque d’Auch jusqu’en l’an 469. A la fin de cette brochure vous trouverez la liste des évêques d’Auch de l’an 313 à l’an 856 et la liste des archevêques d’Auch de l’an 879 à 1913.
Saint-Justin fut bâti sur les ruines de l’ancienne ville de Pardiac (VICUS PARDIACUS, qui peut se traduire, bourg des léopards sur aiguilles) qui donna son nom au comté, formé vers l’an 1000 d’un démembrement de l’Astarac en faveur de Bernard Pelagos second fils d’Arnaud II.
Armoirie montlezun Pardiac.
Armoiries-Montlezun-Pardiac.pngBernard Pelagos épousa Biverne fille de Ramire, roi d’Aragon. 

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Il avait pour arme d’or à un léopard rampant de gueules (Dom-Brugéles, chronique écclésiastique, page 4377). Ce saint confesseur (Saint-Justin) était natif de Nicomédie dans la Bithinie en Asie Mineure (fondée vers 264 avant
J.C par Nicomède 1er). Il n’avait qu’environ 12 ans lorsqu’il vint en ce pays du temps où l’empereur Trajan régnait à la fin du premier et au commencement du deuxième siècle. On lit dans l’ancienne légende que ce saint divisa les eaux de l’Arros, qu’il passa à pied sec et qu’après son décès il fut inhumé dans le lieu de Pardiac.

Un corps monastique vint s’établir près du monument, du tombeau de Saint-Justin dans le 6ème siècle. Ce ne doit être ni dans le cours du 4ème, ni du 5ème siècle, puisque l’ordre de Saint-Benoît, venu d’Italie en France dans le commencement du 6ème siècle, était regardé dans le royaume comme l’aîné des corps religieux, devant donner la règle à tant d’autres (an 543). Avant
la révolution (1789), Saint-Justin faisait partie de l’archiprêtre de Laveraët (pouilles de 1546-1550-1672).

HISTOIRE DES BATIMENTS ET DES FORTIFICATIONS

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Par qui fut fortifiée la ville de Saint-Justin ? Etait-ce avant ou après les croisades ?
Etait-ce le monastère ou un seigneur avisé, qui l’aurait fortifié ainsi ? On n’en sait rien. On voit encore les restes d’une tour orientale détruite depuis 1870 à peu près (l’imposture du temps) ; elle n’a plus que la porte ogivale qui conduit dans le château fermée avec un pont levis. Que le noble seigneur de Saint-Justin fut le Comte de Monlezun (Pardiac) ou un membre de cette famille qui
aurait acquis par quelque alliance cette localité, cela devient presque évident par le témoignage d’un titre cadastral du lieu qui place la seigneurie en Pardiac et la sépare du Bigorre par l’Arros. Je dis même que si une analogie entre deux lieux fortifiés peu distants l’un de l’autre établissait une seconde preuve de ce fait, on la trouverait ici tant il y a quelques nuances de rapports entre le petit plan topographique de Saint-Justin et le plan plus grandiose des fortifications de la Comté Mère de Monlezun-Pardiac. Raymond de Pardiac, fils de Bernard Pelagos, premier comte héréditaire du Pardiac, et de Biverne, fille de Ramire, roi d’Aragon, était Archevêque d’Auch de 1096 à 1113. On
le trouve aux conciles de Bordeaux et de Poitiers, en 1098 et 1100.

Dans le cas où le domaine de Saint-Justin n’aurait été acquis à la Comté de Monlezun ou à quelque membre de sa famille, par suite de quelque alliance contractée à la fin du règne de Saint-Louis (1270), l’influence de cette famille dans Saint-Justin ne daterait que de ce temps. Elle aurait continué dans la paix jusqu’au temps de Duguesclin (1364) ou de Jeanne d’Arc (1429) et se serait dit-on éteinte sous le règne de Louis XI (régna de 1461 à 1483), ne laissant après elle dans la localité (après environ 213 ans d’existence) que l’humble influence de la règle de quelques religieux formant dit-on un châpitre ou un corps de chamoines de l’église collégiale (1483).

Quoiqu’il en soit du premier fondateur des murs de fortification de Saint-Justin jetés dès après 814, je dis que si ce fut un Monlezun qui les fonda, cette famille devait posséder ici sa puissance longtemps avant ce siècle, qu’elle l’a continué jusqu’au commencement des croisades (1075) de là jusqu’à la fin de ces dernières (1270) et enfin jusqu’à Philippe le Bel temps auquel fut fondée la ville de Marciac sur le pied où elle se trouve (1290) par les soins mêmes de cette famille de Monlezun et ceux du prieur de Lacasedieu.

Soit que les murs de l’oratoire, de solidité romaine, appartiennent au premier auteur, soit que plus tard il ait reçu quelques perfectionnements, il en reste encore aujourd’hui quelques pans d’une épaisseur de 1 m 60 que j’ai été obligé de démolir pour faire la façade de la nouvelle
église. Ce n’a été qu’avec la poudre que nous avons pu faire tomber ce vieux pan de mur qui fermait la crypte primitive et appelée communément par tradition “la gleizéte”(abbé Arrivets, bulletin archéologique 1922-1923) .

On ne sait pas si la tourelle, élevée entre l’oratoire au levant et les cellules au couchant, fut ou non l’oeuvre de Saint-Justin:
- dans l’affirmative, elle ne dut être établie que pour cause de fortification et défense
- dans la négative, elle ne semblerait être que l’oeuvre reculée et nécessaire d’un corps monastique, quel qu’il soit.

Si ce dernier prétendit également la fonder comme moyen de redoute, on peut
présumer qu’il entendit aussi l’utiliser plus tard à l’usage de la cloche dans les églises depuis l’an 600. En effet, il paraît semblable que l’oratoire et les cellules fondés par Saint-Justin auraient reçu après lui une restauration ou un complément approprié aux circonstances si l’on peut admettre d’un côté que le temps vieillisse toute entreprise et que l’espace de 200 ans environ peut avoir par lui-même nécessité le goût d’une réparation ou d’une innovation.

Peut-être n’est-il pas superflu d’attribuer cette rénovation à Clovis (Clovis 507)
vainqueur à Vouillé (arrondissement de Poitiers), d’Alaric II, chef des Wisigoths-Ariens, intrus dans la contrée et dépradateurs avoués des chrétiens. Soit que la tourelle, les vestiges de l’oratoire, tels qu’on les voit, aient été l’oeuvre primitive de Saint-Justin ou des bénédictins, soit que ces ouvrages aient reçu des perfectionnements jusqu’à la fin du septième siècle (Les Sarrasins). Tous
ces pans de mur restés debout annoncent que bientôt après ils ont reéprouvé de grands désastres.
Abdérane qui, au commencement du huitième siècle (719 a 732), fit des Espagne son incursion en France avec une armée de quatre cent mille Sarrasins (400.000) dut nécessairement ajouter en passant, la ruine locale à ses grands et nombreux forfaits; le couvent de Saint Sever de Rustan
incendié par cet ennemi en amont de l’Arros de la ville de Marciac au Nord, qui le fut aussi par là même, lève tout doute à cet égard, et ainsi la destruction de tous ces beaux monuments est la preuve que Saint-Justin placé au millieu et assez voisin des deux points nommés a été incendié par les mêmes vandales. D’après la tradition constante des habitants du village, on suppose que la
destruction de la ville commença en 1568 et qu’elle fut l’oeuvre d’une armée de 15000 protestants, commandée par M. de Lérignac et qui après avoir ruiné Marciac, ravagea tout le pays. La tourrelle (le donjon, assez curieux à visiter à l’intérieur, c’était un modèle de place de guerre au temps de la féodalité.) qui devait exister alors à toutes les pierres de la face occidentale rougies par le feu (Charles Martel, 732 ). Une autre version nous dit que l’architecte Pierre Souffron exerça son talent de démolisseur de châteaux, au moment de la révolte du duc de Rohan, pendant la minorité de Louis XIII. La ville d’Auch fut obligé de contribuer, par l’envoi d’hommes et d’argent, à la démolition des fortifications de Nérac (ordonnance du maréchal de Roquelaure, 1621); de
Saint-Justin et de Moncrabeau en 1622.

Quoi qu’il en soit des ravages exercés jusqu’ici sur les oeuvres de Saint-Justin, il est encore quelque raison de penser que ces oeuvres telles qu’on les conçoit dans ce qu’il en reste, doivent être reportées au temps de Charlemagne (Loup II. 778) . On en trouve quelque preuve dans l’art de bâtir et à des signes. On suivait alors le style Lombart ; du moins les bénédictins suivaient ce style dans la construction de leurs églises et de leurs monastères. Ces travaux étaient
ordinairement massif, leurs tours étaient carrées, les voûtes peu élevées ainsi que leurs arcades soutenues par de gros murs d’une épaisseur de un mètre soixante, comme ceux que j’ai fait démolir pour reconstruire la nouvelle église, de gros piliers carrés ou des colonnes très courtes, leurs fenêtres étaient longues et étroites. On y voyait des figures au fond des angles de voûtes faites sans goût, fantastiques, ridicules, comme pour ridiculiser les dieux du paganisme.

Si le caractère principal de l’architecture romaine dominait par le plein cintre dans ces constructions, on y remarquait aussi quelque fois le caractère grec. On pouvait le voir dans les anciennes masures du lieu, dans la tourrelle conservée et même dans la muraille en pierre d’assise de l’antique église paroissiale, servant d’appui septentrional a ce que l’on a appellé depuis la
maison prévôtale. On voit encore des caractères qui prouvent que ces ouvrages, au moins en partie, doivent leur origine au style romain et même au bénédictins, qui comme le dit Dom Brugèles s’établirent près du tombeau de Saint-Justin en suivant la règle : un monastère selon la règle de Saint-Benoit. Sous les restes apparents d’une deuxième voûte au nord de l’oratoire et au levant de l’ancienne sacristie, aujourd’hui par la nouvelle reconstruction de l’église, au levant de la façade principale de l’entrée du monument, semble avoir subsisté une chapelle souterraine ou crypthe destinée aux sépultures. En démolissant le mur nord contigü de la tour, nous avons trouvé un seuil
de porte très usé qui semblait être la porte pour descendre à la crypthe (bulletin archéologique 1922-1923). On y remarquait encore avant la démolition pratiquée, dans l’épaisseur de la muraille, de hautes voûtes, l’antique armoire où se tenaient probablement les Saintes Espèces, avec les vases sacrés, et de plus, la porte étroite, qui aujourd’hui servira de porte d’entrée du sanctuaire à la nouvelle sacristie, porte qui conduisait du coeur de l’oratoire au caveau : ses moulures droites, son fronton, l’architrave, son tympan surmonté de trois vases sculptés, font priser un bon goût dans sa
construction sans cintre (bulletin archéologique 1922-1923).

La ville de Saint Justin fut bâtie d’après Dom Brugèles sur les ruines de l’ancienne ville de pardiac, qui donna le nom au comté. La tradition porte que Saint Justin qui n’est qu’un village aujourd’hui, était une ville plus considérable. Il y avait trois églises : une à l’entrée du village (à la croix de pierre), la deuxième dans l’intérieur du village (sur le tombeau de Saint Justin), et enfin la troisième sur le bas de la côte portant le nom de l’église de l’archevéché de
Bigorre (faubourg dit de Guirotte). On voit encore les vieilles briques dans certaines maisons, qui servaient au carrelage de cette dernière. Chacune de ces églises avait son cimetière environnant, comme on le voit par les tombes et les cadavres que l’on a levés en enlevant les murs et en creusant les fossés. Une des trois églises possédait deux cloches avec des dates différentes ;
grande ville. C’est au nom et en vertu de Saint-Justin que le village dut régulariser quelques
heureux rapprochements, plus ou moins aligner habitations et former sa place au marché d’autrefois, appelée plus tard : “ le parc du château “.

SAINT-JUSTIN ET LA RELIGION
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C’est au nom et en vertu du même Saint qu’il fut doté, non seulement de sa foi, mais plus tard de la présence d’un corps monastique, fondé par des bénédictins, ou plutôt considéré comme une des nombreuses affiliations assujéties à la règle de Saint-Benoit dont le disciple Saint-Maur avait déjà apporté l’austérité dans presque toutes les conventualités des religieux
d’occident, comme il parait par le fragment de son ancien manuscrit, il est en parchemin. Il se trouve dans la bibliothèque de l’abbé d’Aignan du Sendat à Auch. Enfin il se sentit honoré d’être appelé du nom de Saint-Justin qu’il prit pour patron dans les neuvièmes et dixièmes siècles (813 à 923 ).

Le village de Saint-Justin eut à souffrir du pillage des Normands, qui en diverses reprises au cours du IXème siècle, portèrent la désolation dans toutes les contrées et provinces de France, et même dans quelque cités non loin d’ici. On sait que Saint-Jean mourut à Ephèse (en l’an 100 en Asie Mineure, aujourd’hui village de Selçuk, en Turquie) et que par conséquent il n’était
plus là au temps de Saint-Justin, qui vint substituer son nom à celui de SEXCIAM. Cependant il est vrai que Saint-Jean devant la porte latine est encore appelé patron de Saint-Justin, que la paroisse a été et est encore dans l’usage de regarder le six de mai, jour de Saint-Jean, comme le jour de sa fête patronale et que ce jour là elle a été dans l’usage de chômer. D’un côté, la dignité d’un apôtre évangéliste sur un Pontife qui n’est célébré que le sept de mai est admissible. Cela fait que le six de mai la messe solennelle propre de l’apôtre a toujours été célébrée ce jour là et que les vêpres chantées ont été toujours prises au commun des Saints Pontifes. D’un autre côté, la coutume
a établi de ne célébrer à l’église pour le peuple, quand le six de mai est un dimanche ou le dimanche est transférée la fête patronale, que les offices de Saint-Justin avec mémoire de Saint-Jean. A la procession d’avant la sainte messe, a toujours été porté avec solennité le buste revétu d’une lame d’argent, représentant dit-on le portrait de Saint-Justin et renfermant dans son
intérieur la relique dont on a pu prouver l’authenticité.

Mais quand et comment la paroisse fut elle mise sous le patronnage de Saint-Jean devant la porte latine ? Je ne saurais répondre à ces questions qu’en employant quelque version reprise vers la fin du huitième siècle : une église fut bâtie sous les premiers Empereurs chrétiens à cet endroit de la porte latine où Saint-Jean remporta son glorieux triomphe. Ayant été détruite, cette église fut encore rebâtie en 772 par le pape Adrien 1er. Dès lors, la fête de Saint-Jean devant la porte latine fut longtemps chômée en plusieurs églises, elle fut d’obligation en Angleterre, au moins depuis le douzième siècle jusqu’à la prétendue réforme (Godiscard tome 3 page 375 ). Or en se rappelant les divisions multipliées qui depuis l’an 1106 jusqu’en 1422, pendant plus de trois
cent ans (300 ans), entre la France et l’Angleterre, en voyant que cette dernière s’était emparée de la Novempopulamie, qu’elle l’avait longtemps possédée et gouvernée, on conçoit qu’en y introduisant sa législation civile, elle dut aussi y établir les usages sacrés de son gouvernement spirituel. On conçoit que chaque localité, grande ou petite, dut en recevoir son contingent et que l’autorité religieuse du hameau, si elle n’avait été auparavant dotée de ce patron pour l’administration du diocèse où il appartenait alors, dut probablement le recevoir de l’Anglais sous le titre glorieux de “Saint-Jean devant la porte latine”. De là serait né le devoir de regarder Saint-Jean comme le patron du lieu, de le solenniser le 6 de mai sans préjudice apporté à la fête de Saint-Justin, célébrée le lendemain.

Ou bien, lors de la destruction de l’une de ces églises, celà occasionna le transfert du vocable de Saint-Jean dans la principale église, qui possédait déjà Saint-Justin. Un buste, représentant l’apôtre Saint-Jean et probablement sculpté et orné à la même époque que celui représentant Saint-Justin, était jadis dans l’église, placé sur son piédestal parallèlement à ce dernier
: mais il a disparu depuis longtemps. L’abbaye de Saint-Justin n’avait pas été affiliée au chapitre métropolitain en l’an 1175 puisque le pape Célestin III ne la met point au nombre des dépendances du Châpitre de la Bulle. Elle existait encore au commencement du 14ème siècle : cela résulte d’un bref donné à Bordeaux en 1306 par le pape Clément V à l’abbé de ce monastère, diocèse d’Auch.
Par ce bref, daté de Bordeaux le 6 des calendes de novembre, l’an 2 de son pontificat, le pape donne commission à cet abbé de faire éxécuter une sentence arbitrale, rendue en faveur du secteur de Saint-Jean de Lézian en Mirande contre quelques paroissiens concernant certaines dîmes et droits.

On ne trouve point par quelle révolution ni sous quel prétexte le titre d’abbé fut changé en celui de prévot, et cette dignité incorporée au chapitre d’Auch. Derrière le maître autel de cette église qui est consacrée, on voit trois tombeaux de pierre, dont celui du milieu est celui de Saint-Justin, au côté de l’évangile est celui de Cassien et au côté de l’épitre celui de Saint-Séverin.
Ce changement dut s’opérer quelques années après le susdit bref puisqu’on trouve Arnaud de Labat Donacis, chamoine d’Auch et prévôt de Saint-Justin, signé avec plusieurs autres chamoines et dignitaires de Sainte-Marie d’Auch en l’accord passé le 30 mai 1318 entre l’Archevêque Amencul II et Guillaume Hunand évêque de Tarbes concernant les dîmes et autres droits sur les
frontières de leurs diocèses. Hugues de Pardailhan, prévôt de Saint-Justin et chamoine d’Auch, fonda deux prébendés dans l’église métropolitaine. Il donna son consentement avec les autres chamoines, à la transaction passée entre l’archevêque Guillaume III et les abbés et religieux de Simmore, au sujet des procurations dépendantes de celles de Simmore. depuis ce temps là, on
trouve successivement les prévots de Saint-Justin mélés parmis les dignités du chapitre d’Auch, et ce jusqu’à la sécularisation en 1548. Dom Brugèles dit encore que le buste où était la tête de Saint-Justin fut porté en 1121 à la consécration de Sainte-Marie avec les autres corps saints du diocèse.

La prévoté de Saint-Justin est depuis la sécularisation la première dignité du chapitre d’Auch, après la pontificale; elle est de la seule collation de M. l’Archevêque. Le chapitre de Saint-Justin que l’on trouve dans la pouille du 15 ème siècle sous ce nom de “Domus de Sancto Justine”, était composé de 10 chamoines séculiers avant même la sécularisation de celui d’Auch.
Les prébendes canonicales furent réduites au nombres de 5, en l’an 1646 par l’archevêque Dominique de Vic, du consentement des parties interressées. La cure vicarie perpétuelle de la paroisse, qui est administrée dans cette église, étant autrefois de la nomination du prévot et collation de M. l’archevêque, lequel à présent la donne en seul. Le curé est appelé dans la pouille du XVème siècle: Capellanus Sancti Justine.

L’Anglais, en batte à Duguesclin, n’a laissé en vidant la Gascogne aucun souvenir à Saint-Justin, si ce n’est celui de la reconnaissance qu’on lui doit, si c’est en effet lui qui le dota de “Saint-Jean devant la porte latine” et qui pour fêter ce grand patron laissa à l’épouse agricole la décente et riche mantille rouge de Londres. Depuis ce temps jusqu’au commencement du 16ème
siècle (1501), on ne trouve autre chose relatif à Saint-Justin, si ce n’est un cartulaire où il est dit que Saint-Arnaud de Soos avait alors fondé une chapellerie en certaines pièces de terre labourable et dont une portion du revenu devait être employée à l’acquit de messes imposées aux soins des
prébendés, en certains jours, pour le repos de l’âme de ce prêtre.

Ce fut sous l’administration de François III cardinal de Tournon, archevêque d’Auch, que le prévôt de la collégiale de Saint-Justin-Pardiac devint pour la première fois Prévôt du châpitre métropolitain (1550). Le nom de ce dignitaire ni ceux de ses successeurs, s’il en eut jusqu’au temps de Messire Richard, ne sont point articulés ; peut-être doit on attribuer ce silence à la longue interruption qu’aurait éprouvé le châpitre de Saint-Justin par suite des destructions et des massacres qui commencèrent bientôt et durèrent pendant les trente ans de guerre de religion. Je crois en effet que c’est avec quelques raisons que l’on pense que ce fut dans ce siècle, c’est à dire en 1573, ou quelques années après que la chapelle et la demeure du châpitre de Saint-Justin furent incendiées et démolies. Ce dut être le résultat des guerres que Montgoméry (1530-1574) et Léger du Béarn allumèrent dans la contrée contre les troupes royales sous Blaise de Monluc (1502-1577) et Castelnau, défenseurs des catholiques (la devise de Monluc était: deo duce, ferro comite; dieu conduisant, le fer accompagnant). Montgoméry blessa accidentellement et mortellement Henri II dans un tournoi en 1559. Converti au calvinisme, chef de guerre, il fut vaincu et exécuté. Le siège du château de Rabastens (de Bigorre) fait en ce temps, les pillages occasionnés à Saint-Sever de Rustan, à Vic, à Madiran semblent à l’appui de ce que j’avance. C’eut été là les représailles de la Saint-Barthélémy (1572) datant de l’année d’avant.

C’est peut-être là le comment de ces ossements humains trouvés parfois çà et là en creusant dans les jardins voisins du plateau ; le comment de ces tas de cadavres jetés pêle-mêle et recouverts de chaux dans un long fossé, découvert il y a quelques temps dans le milieu du premier carreau nord du joli parterre de l’ancienne prévôté. Si l’on peut supposer que ces débris n’aient pu depuis le passage des Sarrazins jusqu’au siècle qui court, résister à l’action de l’élément corrosif, on peut augurer qu’ils ne doivent être que l’effet du 16ème siècle et d’une funeste alerte opérée dans la localité un an après le dècés de Jeanne d’Albret (mère d’Henri 1V. Albret, pays de gascogne 1484, érigé en duché au XVIième siècle, et réuni à la couronne par Henry IV en 1607).

Quatre vingt sept ans après ces désastres (1659), se trouve dans l’ancien cartulaire nommé déjà un peu plus haut, la date accompagnée de plusieurs actes du testament de Messire Richard, prévôt de Sainte-Marie d’Auch. Il paraîtrait que plus ou moins longtemps avant cette date, il avait acquis en Saint-Justin le bien fondé du prévôt, qu’il y a avait fait construire une
maison de maître vers le couchant du parsan de Guirotte et qu’on a appelé depuis le dommaine et la métairie de la prévôté. On peut lire dans le cahier de charge et décharge pour le lieu de Saint-Justin daté de 1666: “Messire Hector Estienne de Richard prévôt de l’église Sainte Marie d’Auch Seigneur de Saint-Justin y tiens et possède au dit Saint-Justin quarante azpana un journal
trois places fait d’alliurement vingt et une liure terriere quatorse onces un bechal”. A la même époque on trouve aussi: “la chapelle de Saint-Justin possédée par M Teraud Auriac curé de Sembouès; trois azpana un journal trois quarts deux tiers de place fait d’alliurement trois liures terrières deux onces six bechaux p demy un tiers p un huitième”.

L’abbé Etienne Daignan archidiacre de Magnoac grand vicaire du diocèse rendait le 4 mars 1678 une ordonnance par laquelle il chargeait Mr Georges Ducos bachelier en théologie et chamoine de Saint-Orens d’aller enquêter à Saint-Justin sur l’utilité ou l’inutilité de ce chapitre et du service qu’il fait à Saint-Justin sur la quotité des revenus, l’état des édifices capitulaires et de la
chapelle collégiale. Le procureur du Roi du Sénéchal d’Auch conclut à la translation du 16 Mars 1678, mais elle n’eut réellement lieu que 80 ans plus tard. Les partisans de l’union ne perdirent pas courage et un autre projet se fit jour, mais il devait égallement avorter. Le prévôt et le chapitre de Saint-Justin voulurent unir leurs plans au chapitre de Marciac (en 1444 l’archevêque Philippe II de Lévis ériga le chapitre de Marciac dont les statuts furent approuvés par une bulle de1484).
C’est d’abord pour un motif de charité confraternelle, les revenus des collégiats de Marciac étant modiques, car les gueues de religion qui ont ruiné la ville n’ont pas épargné le chapitre. Marciac est aussi très peuplé, son église est vaste et fort décente pour le culte, celle de Saint-Justin est petite et en mauvais état. Il y a enfin que cinq prébendés à Saint-Justin et c’est bien peu pour célébrer les offices avec la décence et la pompe qui leur conviendrait d’avoir. “voici les conditions exigées pour mener à bien l’union si désirées”:
1) Que le prévôt de Saint-Justin qui a 5 places à conférer à Saint-Justin en confèrerait un pareil nombre après l’union à Marciac.
2) Qu’il y aurait à Marciac la première place et le pouvoir d’y tenir un vicaire général comme à Saint-Justin d’y exercer sa juridiction, laquelle serait réglée par l’archevêque.

En 1750, les sieurs Béraut-Troncens de blousson, Dupont, Tader et Cazères, tous prêtres et prébendés de Saint-Justin présentent requête à Mrg Jean-François de Montillet de Chastellard, tendant à obtenir la suppression du dit chapitre des prébendés qui le composaient. Les motifs par eux allignés furent les mêmes que ceux mis en avant par M l’abbé Etienne Daignan dans son ordonnance du 1er Mars 1678. Comme nous possédons les verbaux de l’enquête menée à Saint-Justin le 23 Mars 1751 et jours suivant, où furent entendus neuf témoins, nous pouvons en donner les résultats.
“Il n’y a plus à Saint-Justin que cinq prébendés plus un sacristain qui ne réside jamais et qui prétend n’être pas tenu à le faire. Il est arrivé qu’il n’y avait que deux prébendiers pour chanter la grand messe et que celui qui chantait était obligé de faire en même temps les fonctions de servant. L’église ou chapelle où les dits prébendiers sont obligés de faire leur service est en si mauvais état qu’on ne saurait y célébrer les Saints Mystères sans les exposer à la profanation et sans courrir risque pour sa vie. Le service était seulement inutile mais encore nuisible, en ce que la messe des prébendiers se disait immédiatement après celle de la paroisse et qu’elle commençait souvent avant que la messe de la paroisse soit terminée. Ce qui faisait que le peuple n’assistait pas avec assiduité aux instructions et autres cérémonies, qu’il y a eu fréquament des contestations, des procès entre les dits prébendiers et le sieur curé. Cette situation jointe surtout à la modicité de leurs revenus n’encourageait guère les chamoines à garder la résidence et s’ils ne résidaient pas, il faut croire que ce fut pour aller se distraire ailleurs. Le plus grand nombre des dits prébendiers servent de vicaires dans les paroisses voisines. Le cumul illégitime des bénéfices n’enrichissait guère nos chamoines.

Tout revenu du dit chapitre consiste en environ 25 sacs de blé froment et 25 pipots de vin pour chacun des dits prébendiers et en quelques rentes obituaires dont les dits prébendiers sont mal payés, et que le revenu du sacristain est d’environ 40 livres sur quoi les dits prébendiers sont
obligés de payer des charges au bureau des impositions ecclésiastiques. L’état des revenus et charges du chapitre de Saint-Justin fourni et affirmé véritable moyennant serment par les sieurs prébendés du dit chapitre et d’eux signés le 23 mars 1751 par lequel il demeure constant que tout le revenu consiste en 136 sacs, 5 coupeaux de blé froment mesure de Marciac, et en 126 pipots de
vin même mesure, et 76 livres 4 sols de rente obituaire, et les charges du dit chapitre montent à 80 livres 2 sols 3 deniers. Le revenu de la dite sacristie consiste en dîmes que le titulaire perçoit sur une seule métairie du sieur de Serian dans la paroisse de Monlezun. Les sieurs Cassaigne et Vergès
habitants de Marciac déclarent que la valeur marchande année courante du sac de blé froment, mesure de Marciac, était de 6 livres le sac et la valeur également année courante du pipot de vin, mesure de Marciac, était de 5 livres le pipot. L’enquête faite à Saint-Justin, puis terminée à Auch, les conclusions du commissaire et du promoteur entendus, Mgr de Montillet rendit un arrêt
définitif le 20 juin 1751. Il éteint et supprime à perpétuité sans le bon plaisir de Sa Majesté, les prébendés et la sacristie qui composent le chapitre de Saint-Justin dont les revenus sont appliqués partie à l’établissement d’un chapelain amovible au vicaire dans la paroisse de Saint-Justin, et le reste pour l’érection de deux prébendes cantonales et musicales dans le coeur de l’église
métropolitaine. M l’Abbé Arrivets.”

Au moment de la révolution, le sac de mesure de Marciac, valait 86 litres 09 cent. Il se divisait en 4 mesures valant 21 litres 52 et à son tour se divisait en 7 coupes contenant 3 litres 7. La pipe valait 40 cruches et chaque cruche contenait 16 litres. Le pipot était le quart de la barrique ou le huitième de la pipe. Il contenait 32 pots ou piches, c’est à dire 80 litres. (extrait de la revu de
Gascogne tome XXXI page 82)

La population actuelle de Saint-Justin est de 145 habitants en 1997 (elle était de 530 en 1810). Saint-Justin a toujours été commune et n’a jamais dépendu d’aucune autre commune d’après tous les vieux cadastres qui datent de 220 ans et qu’on possède encore en partie.
L’éthymologie de la paroisse et de la commune est la même pour l’une et pour l’autre. La paroisse et la commune portent le même nom. En latin, “Sanctus Justinus”, en français “Saint-Justin”, en gascon “Saint-Justin”. Avant la révolution de 1793 existait le titre de prévôt, puisque l’on trouve encore dans les registres les prêtres, qui l’ont desservi comme curés, mêlés avec les prévôts.

Voici la série des prévôts et des prêtres qui ont administré la paroisse et que l’on trouve consignés dans les registres de la paroisse ou le cartulaire mentionné plus haut par M. l’abbé Soulès. Après la date du testament de Messire Richard, viennent celles de M. Charles Cérès, curé de Saint-Justin (1700), de M. de Beaulis (1706), de MM Bernard Gaye, François Sempé, prébendés du sus-dit lieu (1710), de Messire Auguste de Soupest, prévôt de Sainte-Marie d’Auch (1710) et de François Balech et Laffargue, aussi prébendés de Saint-Justin (1713, date fondant un legs). Tous ces testaments imposaient aux prébendés survivants de Saint-Justin l’obligation de célébrer des messes hautes ou basses en certains jours ou mois de l’an et à perpétuité.

Tel est après cent quarante ans, c’est à dire depuis les dernières ruines de l’église collégiale jusqu’au commencement du 18ème siècle, le nécrologue conservé d’un personnel pieux et en partie distingué. Si par le fait ce nécrologue ne semble supposer que bien modique la communauté encore existante ici bas, du moins faut-il penser qu’il dénote que les membres
religieux qui en avaient fait partie sont bien nombreux dans d’autres vies et que l’on pourrait le prouver :
1) par la longue série du temps antérieur où ils avaient diversement existé sous la protection de leurs patrons et de leurs reliques.
2) par l’antiquité de bien des cerceuils en pierre que l’on trouverait cachés sous le sol
de la crypthe d’autrefois et des lieux circonvoisins, sans compter ceux qui ont été exhumés il y a soixante quatorze à soixante quinze ans (1849) près de la porte cochère de la prévôté (1922-1923 bulletin archéologique du Gers réalisé par M l’abbé Arrivets).

Sur la fin du 17ème siècle (1682), le savant Ruinard (bénédictin) observe que non loin de l’église patronale de Sexciam, distante de Tarbes de six lieues, apparaissait jusqu’alors sur le sommet de la colline élevée, le vieux oratoire presque détruit avec deux cellules, sacré à Dieu sous le nom de Saint Justin ; et de là il concluait que son corps y avait autrefois reposé. Ce jugement
met dans la pensée, que de précieux ossements du Saint auraient été richement enchassés, qu’ils étaient la relique vénérée et protectrice de la maison collégiale et qu’après avoir été profanés par les revers du temps, ils se retrouvent probablement dans ces débris encore conservés sans authenticité dans une chasse sculptée et toute vermoulue, suspendue dans la sacristie de l’ancienne église.

A Messire de Richard, prévôt, avait succédé Messire de Soupest qui pendant cinquante ans fut honoré de cette même dignité auprès du chapitre métropolitain d’Auch. M. Charles Céres eut pour successeur dans la même charge de curé de Saint-Justin M. l’abbé Dubin, et ce dernier eut pour vicaires chapelains de Samazan jusqu’en 1760, successivement MM de Bouzon, Dupont,
Bizanos, et Lespinasse. A M. de Soupest avait succédé dans le bénéfice de la prévôté d’Auch, M. l’abbé Daignan du Sendat (il possédait l’ancien château au centre de Roquetaillade) qui depuis mille sept cent dix (1710) l’occupa pendant 54 ans (1764). C’est M. Daignan du Sendat qui aurait fait construire en Saint-Justin, sur des ruines plus ou moins conservées, l’église paroissiale actuelle (elle a été restaurées et réhaussées en 1780) sise au couchant de la tourrelle et qui aurait établi sa maison prévôtale à la place de l’antique église dont le mur septentrionnal lui servait d’appui et qui aurait permis l’usage ou l’habitation aux chamoines restants du châpitre local jusqu’au temps où ce
dernier finit enfin par s’éteindre sous ce pouvoir prévôtal. La seule preuve de ces divers changements ne s’établit que par le millésime mille sept cent trente cinq (1735) gravé sur le chapiteau de la porte d’entrée de l’ancienne église. Cet établissement construit sous la présence de ce prévôt, sur le sol de l’antique cimetière de la paroisse, se trouvait consacré.

C’est assurément en 1761, que M.Daignan du Sendat aurait fait ériger par des maçons d’Auch et à la suite d’une mission, le piedestal et la colonne supportant la croix en fer près du vieux orme ( il est tombé en 1973 lors d’une tempête qui rappelle Henri 1V né en 1553 a PAU, roi de France en 1589, assassiné par Ravaillac a Paris en 1610). Probablement longtemps avant ce
petit monument, on voyait une autre à peu près semblable, érigé en pareille occasion sur le sol communal, au nord-est et non loin de la porte orientale du bourg. Ce terrain ayant été utilisé vers mille huit cent trente (1830), le signe sacré disparut alors et n’a laissé après lui à sa localité propre, que le nom traditionnel : “de la croix de pierre”. A cet endroit devait se trouver l’église consacrée à Saint-Jean.

C’est enfin sous les auspices de M. Daignan prévôt, et sous ceux de M. Dubin, curé du lieu, qu’ avaient été confectionnés la boiserie de l’église, le grand autel, son rétable, la table sainte, les sièges du coeur, les fonds baptismaux, la chaire, les confessionnaux de la nef, le banc de l’oeuvre ; la tribune et la grande commode à quatre portes de la sacristie en coeur de chêne
dateraient de ce temps là. Le grand tableau représentant le Christ, la toile des fonds baptismaux de l’ancienne église (aujourd’hui dans la nouvelle) auraient été fait par M. Jean Batiste Smets dit le muet en 1770. Celui de l’autel de la Vierge semble postérieurement fait par un autre peintre (moins parlant que Smets qui était muet).

Après 60 ans passés dans la charge pastorale, l’abbé Dubin mourut et le noble François de Tronçens-Blousson lui succéda en qualité de curé de Saint-Justin. Il n’occupa sa place que cinq ans (5 ans), c’est à dire depuis mille sept cent soixante (1760) jusqu’en mille sept cent soixante cinq (1765). Il eut comme son prédécésseur pour vicaire chapelain de Samazan M. l’abbé Bouzon
et successivement M. l’abbé Rouède pendant deux ans (2 ans). A noble François de Troncens-Blousson succéda dans la cure, M. l’abbé Bouzon et la conserva jusqu’en 1793. Il eut pour vicaire chapelain M. l’abbé Pader et après ce dernier l’abbé Daignan-Belloc qui servit l’annexe de Samazan pendant quinze ans (15 ans). Avant la nomination de M. Bouzon à la cure de
Saint-Justin, M. l’abbé Lespinasse, dernier vicaire de Samazan sous M. Dubin avait été nommé curé de la paroisse de la ville de Marciac et M. l’abbé Rouède, vicaire du même lieu sous M. de Tronçens-Blousson, succéda à M. Lespinasse dans la même cure, probablement après la nomination de M. Bouzon à Saint-Justin.

Ce fut aussi durant la gestion de la cure de M. de Troncens que M. l’abbé Rivis
(Jésuite) à la suite du bannissement prononcé contre ce corps vers l’an mille sept cent soixante deux (1762), s’était réfugié à Saint-Justin. Il y avait acquis une maison et il y monta une école d’abbés qu’il soutint glorieusement jusqu’en mille sept cent quatre vingt dix (1790).

M. Bouzon était curé depuis dix ans (10 ans) lorsque M. le prévôt Daignan du Sendat mourut (1685-1764) précisément l’année où mourut aussi Monseigneur de Montillet, archevèque d’Auch. A M. Daignan du Sendat succéda dans la même dignité de prévôt du chapitre Auscitain, sous Monseigneur Claude-Marc-Antoine Dapchon archevêque d’Auch, M. l’abbé de Larroque (1776). Il ne vécut dans sa dignité que huit ans (8 ans:1784 ). M de Larroque eut pour successeur
M. l’abbé Gelots. Ce dernier ne put jouir longtemps de son bénéfice prévôtal, il vit arriver la terreur de la révolution, sur son char ; en lui finit la dignité prévotale et dès lors, la source d’où avait coulé le bienfait et la richesse dut nécessairement tarir relativement à cette localité.


Les prévôts avaient doté la paroisse d’une horloge de deux cloches, l’une de 1730 et l’autre de un siècle antérieur (1630), d’une belle croix en argent, d’une petite croix, d’un beau calice, d’un bel ostensoir en argent, de deux belles lames et de deux gloires ouvragées servant de décoration aux deux bustes des deux Patrons ; d’une paire de dalmatique sacrée, un pluvial mêmes
étoffes précieuses en galon vrai, argents et d’une foule d’autres objets d’un assortiment riche.
Pendant la révolution (1789), les habitants de Saint-Justin embrassèrent avec ardeur les idées nouvelles, mais quelques uns d’entre eux pillèrent l’église et brûlèrent sur la place publique avec tous les objets du culte, toutes les archives de l’ancienne abbaye, et celle de la fabrique. Ces violences s’expliquent en partie par le long passé de tyrannie qui avait accablé leurs aïeux de ce
grand centre féodal. Un ostensoir, un ciboire et un des bustes (Saint-Jean) avec sa décoration furent volés en mille sept cent quatre vingt treize (1793).




SAINT-JUSTIN ET L’ECOLE

En l’an VI de la république, la première école communale était crée. De l’an VI à 1819, les instituteurs firent leur classe dans une pièce de la maison Doat, voisine de l’église paroissiale. Ce local étant devenu trop petit, la commune loua un appartement dans l’ancienne maison prévôtale. M Luro de Sérian racheta cette maison. Par une délibération en date du 10 Juin 1835, le conseil municipal loua pour l’école une partie de la maison Dinguidar. M Luro de Sérian
racheta également cette maison. L’école se déplaca donc dans l’ancien presbytère, mais les locaux étaient trop exigus. Aussi dès 1836, la commune rechercha un logement répondant mieux aux besoins de l’école. Après bien des démarches, elle se décida à faire l’acquisition de la maison de M
Eugène de Saint Pastou.
L’acte fut passé devant maître Claussade notaire à Marciac le 1er Mai
1860. Le préau fut acheté en 1886 à M Luro. Cependant, c’est en 1818 que le conseil municipal vota pour la première fois un traitement à l’instituteur et assura ainsi l’existence de l’école (délibération du conseil municipal du 9 janvier 1818). En 1854 , une seconde école a été crée, une jeune institutrice, Madame Larrieu fonda une école libre, qui reçut toutes les jeunes filles de la
commune. Elle fut transformée en école spéciale à la suite d’une demande du Sous-Préfet en date du 1er juin 1872. La première institutrice communale a été Madame Méliet née Dupuy. C’est a partir de ce moment là qu’il exista légalement dans la commune de Saint-Justin une école pour les filles et une école pour les garçons. Une bibliothèque scolaire fut également fondée le 7 février 1896.
Après la fermeture de l’école des filles, la première redevint mixte et fonctionna jusqu’au 16 septembre 1991, jour de sa fermeture. Durant 193 années, Saint-Justin eut son école communale.

Publié dans historique

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